EFFICACITE ET TOLERANCE DE

L’OZONE DANS LE TRAITEMENT DE L’ULCERE DE BURULI EN COTE D’IVOIRE

 

 

Résumé

 

L’objectif de cette étude e été d’évaluer l’efficacité et la tolérance de l’ozone dans le traitement de l’ulcère de Buruli en  cote d’Ivoire.

L’étude a été conduite à l’institut Raoul Follereau, du mois de Août 2002 à Avril 2003, avec de nombreuses perturbations liées à la situation de guerre de Cote d’Ivoire

La supervision a été assurée par Pr ASSE Henri, Directeur de cet établissement consacré à la prise en charge des patients atteints de lèpre, à laquelle a été associé l’ulcère de Buruli, mycobactériose de la même famille que la lèpre et la tuberculose.

L’ozonothérapie avait fait ses preuves dans le traitement des plaies survenues pendant les périodes des guerres en Europe.

L’ozone s’est avéré efficace dans l’évolution intéressante des ulcérations cutanées, signe essentiel encourageant pour une greffe cutanée ultérieure. L’évaluation de cette efficacité a porté sur des critères cliniques, bactériologiques et photographiques.

Tous les patients ayant entrepris un traitement antérieur ou ayant interrompu les séances d’ozonothérapie ont été exclus de l’étude.

D’autres études ultérieures portant sur des grandes séries viendront attester de l’efficacité de l’ozonothérapie dans la maladie de l’ulcère de Buruli, maladie infectieuse à mycobactérie atypique, révolution spontanée redoutable.

Aucune intolérance majeure n’a été retrouvée.

 

A) RAPPEL SUR L’ULCERE DE BURULI

 

L’ulcère de Buruli est une maladie infectieuse due à

MYCOBACTERIUM ULCERANS qui se manifeste par des ulcérations étendues uni ou plurifocales. Cette maladie sévit à l’état endémique dans la région intertropicale humide. Maladie émergente, l’ulcère de Buruli constitue un véritable problème de santé publique dans certaines régions de la Cote d’Ivoire. Il s’agit des régions de la vallée du Bandama (centre ) avec pour épicentre Yamoussoukro, de la région de l’Ouest montagneux et du Sud lagunaire.

 

Actuellement, le seul traitement efficace est chirurgicale et

consiste à l’excision / greffe des lésions. Le traitement qui doit s’appliquer à une grande population (environ 20.000 cas recensés ) s’avère à la fois très coûteux et inaccessible à la plupart des malades. D’où l’intérêt de rechercher d’autres voies thérapeutiques dans la prise en charge de ces patients immobilisés de longs mois.

Dans cette optique l’approche thérapeutique par l’utilisation de l’ozone               ( ozonothérapie ) nous apparaît comme une voie intéressante en raison des propriétés connues de l’ozone et de son utilisation en pratique médicale.

 

 

B) MATERIELS ET METHODES

 

Ce travail a été réalisable par la disposition gracieuse par des clubs Rotary d’Italie R.C.ABBIATE GRASSO (Mr Claudio PAPARO), R.C.BRESCIA (Mr Antonio GALOFORO), en partenariat avec le Rotary club Abidjan représenté par Dr AKA, appareil portable destiné à produire de l’ozone.

Cette investigation a été conduite dans l’Institut R.Follereau d’Adzopé.

Il avait été convenu par rotation de l’appareil portable, la réception de patients dans d’autres centres hospitaliers du pays accueillant des ulcères de Buruli : Zoukougbeu (Daloa), Manikro (Bouaké), Zouan-Hounien (Ouest). Les circonstances et les effets collatéraux de la guerre avec la partition du pays en zones assiégées, non sécurisées à l’Ouest et au Nord avec des périodes d’arrêts de l’expérimentation et de démobilisations du personnel médical ont gravement contrariés la méthodologie et les perspectives des évaluations sur des bases scientifiques précises ce qui avait conduit à des reports successifs du dépôt des résultats de cette expérience d’ozonothérapie.

 

a)   Les critères d’inclusions ont été :

 

- Malades présentant des ulcérations cutanées à mycobactérium ulcérans à différents stades d’évolution clinique ;

- Malades ayant donné leur consentement pour participer à l’expérimentation.

 

     b) Les critères d’exclusion ont été :

 

- Patients traités par une autre méthode d’investigation thérapeutique ;

- Patients n’ayant pas donné de consentement

- Patients ayant interrompu la prise en charge  ou quitté l’Institut au moment des perturbations dans les activités  régulières du centre (gestion des déplacés de guerre) ;

Prise en charge des blessés venant des zones de guerre ; grande affluence de patients présentant d’autres pathologies provoquant un sévère déséquilibre de répartition du personnel soignant déjà en nombre insuffisant !)

 

 

2)   Le choix des malades

 

10 patients présentant des ulcères de Buruli à différents

stades ont été choisis pour l’étude. Les patients présentaient les lésions suivantes au moment de leur inclusion dans l’étude.

         -  Ulcère de Buruli au stade pré ulcératif (forme oedémateuse) : 2 cas.

-  Ulcère non excisé : 3 cas.

-  Ulcère excisé : 5 cas.

 

Le nombre peu important des cas et le temps mis pour mener l’étude est du aux nombreuses perturbations survenues dans le fonctionnement du service lors des périodes de conflit armé (septembre 02 - mars 03).

 

 

1)   Technique

 

®  Bilan pré thérapeutique

 

Avant la prise en charge, chaque patient bénéficie d’un examen clinique et bactériologique.

 

·   L’examen clinique permet de préciser le stade de la maladie, l’aspect des lésions : étendue, profondeur, présence ou non de nécrose, couleur des tissus, odeur. Les lésions sont ensuite mesurées et photographiées.

 

·   L’examen bactériologique permet d’affirmer l’existence de Bacilles (Mycobactérium ulcérans) associés ou non à des germes de surinfection.

 

®  Protocole thérapeutique

 

Pour tous ces malades, le traitement de l’ulcère a été fait à l’ozone selon le protocole suivant :

 

a)  Désinfection de la plaie à l’eau ozonée : 5 minutes

 

On fait barboter l’ozone dans de l’eau distillée pendant environ 5 minutes (concentration de 30 µg/ml ). Puis cette préparation sert à nettoyer l’ulcère. Nous laissons ensuite l’ulcère recouvert de compresses imbibées d’eau ozonée pendant 5 autres minutes avant de passer à l’étape suivante.

 

 

b)  Imprégnation de l’ulcère dans l’ozone : 20 minutes

 

Au cours de cette phase, la zone à traiter est enveloppée dans un cachet plastique étanche et transparent. L’ozone à la concentration de 30 µg/ml y est injectée par l’intermédiaire d’une tubulure jusqu’à remplissage du sachet, créant ainsi une chambre ozonée dans laquelle est enfermée l’ulcère.

L’ulcère est ainsi totalement imprégné d’ozone pendant environ 20 minutes.

 

            ¨Pansement à l’eau ozonée

 

Après ablation du sachet, l'ulcère est entièrement recouvert de compresses imbibées d’eau ozonée pour un pansement définitif.

 

     c) Rythme des soins

 

-         Le pansement à l’eau ozonée est quotidien

-         L’imprégnation à l’ozone gazeux se fait tous les 2 jours.

 

2)   Méthodes d’appréciation des résultats

 

Les résultats de l’étude ont été appréciés sur l’aspect clinique et bactériologique de l’ulcère.

 

    a) Aspects cliniques

 

-Les mensurations successives ont permis d’évaluer la rétraction de l’ulcère.

 

-La coloration des tissus a permis d’évaluer le degré de revascularisation des tissus.

 

-L’épidermisation a permis d’évaluer la cicatrisation de l’ulcère.

 

-Les photographies successives ont permis d’évaluer l’évolution globale de l’ulcère dans son aspect macroscopique.

 

    b) Aspects bactériologiques

 

Les recherches successives de bacilles et de germes de surinfection ont permis d’apprécier l’évolution de la flore microbienne de l’ulcère.

 

    c) Résultats

 

        1) Tolérance

 

Aucune intolérance majeure n’a été relevée au cours de l’étude. Les patients se plaignent généralement de douleur lors du traitement. Ces douleurs sont précédées de sensation d’échauffement local. Malgré tout, le traitement a été accepté par tous les malades.

 

         2) Efficacité

 

L’analyse des différents paramètres d’évaluation thérapeutique permet de donner les résultats suivants :

 

-         Ulcère de Buruli au stade pré ulcératif : 2 cas étudiés : aucun cas cicatrisé.

 

-         Ulcère de Buruli non excisé : 3 cas étudiés : 1 seul cas de cicatrisation.

 

-         Ulcère de Buruli excisé : 5 cas étudiés : tous les cas ont cicatrisé.

 

Dans ce dernier groupe de patients, nous n’avons eu à réaliser aucune excision complémentaire comme cela se rencontre en pratique courante.

Nous avons surtout noté une très bonne action de l’ozone sur le bourgeonnement et l’épidermisation périphérique. Cependant, compte tenu de la grande étendue des ulcères, une greffe cutanée est venue compléter la couverture de l’ulcère.

 

     d) Commentaires

 

Le nombre peu important de l’échantillon étudié ne nous permet pas de tirer des conclusions formelles mais nous oriente déjà vers des indications possibles dans le traitement de l’ulcère de Buruli. En effet, les résultats de l’ozonothérapie nous paraissent encourageants sur les ulcères excisés. Ceux-ci bourgeonnent et s’épidermisent plus rapidement.

 

 

 

CONCLUSION

 

 

L’ozonothérapie constitue une approche thérapeutique digne d’intérêt par sa simplicité, son aspect pratique et son caractère aucunement traumatique et indolore. La conduite thérapeutique doit être consciencieuse (respect des délais et des chronologies).

Cette étude préliminaire de l’action de l’ozone sur l’ulcère de Buruli donne une bonne orientation sur une étude plus exhaustive et plus entendue avec inclusion d’un plus grand échantillonnage et des protocoles spécifiques :

-         pour chaque siége de la lésion cutanée ;

-         pour chaque forme ou stade d’évolution de la maladie de l’ulcère de Buruli ;

-         pour des lésions très précoces d’ulcère de Buruli (stade initial avant l’ulcération creusante) ;

L’indication thérapeutique majeure préconisée après cette évaluation scientifique est de conseiller l’ozonothérapie dans la prise en charge des ulcères de Buruli après excision chirurgicale pour déterger toutes les zones de peaux nécrosées.

 

 

Rapport médical d’investigation présenté par Dr Pierre-André  AKA,

 

P.P. du R.C. ABIDJAN,   Président de la Commission Nationale Ulcère de BURULI.